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*   La pratique dans le dojo

Nous pénétrons dans un monde différent, totalement nouveau, frais d’instant en instant, un monde de paix profonde qui n’est rien d’autre que la non-séparation entre le corps et l’esprit, entre moi et les autres.
Dans le monde de Bouddha plus d’affrontement, plus de violence puisque tout naturellement il n’y a rien à attendre ni à conquérir.
Pénétrer ainsi dans ce lieu, c’est attester que notre profonde nature est paisible, sereine, tranquille.
Seulement être assis sans désir ni intention, être là totalement.
C’est le monde de la vacuité ou de l’interdépendance où les existants ne sont plus des îlots autonomes dont il faut protéger le territoire.
Dans ce monde de paix profonde l’ego est abandonné et nous entrons, petit noeud de l’infini filet cosmique, en résonance avec tous les existants.
Mais… Mais assis dans le dojo nous ne faisons pas seulement l’expérience de cette paisible tranquillité.
Bien au contraire nous sommes soumis presque constamment aux vents, aux tempêtes que peuvent être pensées, fantasmes et émotions.
Surgissant en rangs serrés, tous ces stratèges de l’ego perturbent avec une redoutable efficacité cette paix sereine.
Que faire alors avec toutes ces illusions en ébullition ? D’abord les saluer bien bas en signe de reconnaissance pour leur précieuse utilité : c’est à travers elles que coule la Voie de l’éveil.
Elles sont l’indispensable matériau de notre libération.
Ensuite les métamorphoser.
C’est à partir d’elles que nous pourrons mettre en branle « le merveilleux pouvoir de transformation » dont parle maître Dôgen.
La pratique de l’éveil, c’est dans l’instant même, transformer la soif en éveil, transformer toutes les passions en éveil.
C’est retourner à la maison, non pas sur une autre planète, mais ici et maintenant.

Yves Shoshin CRETTAZ Revue Zen N°97



posté le 08 / AVRIL / 2016 *précédent suivant*

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